RGPH2 en RDC : quand la cartographie censitaire entre dans l’ère du numérique
1 Une formation au service d’un projet national
Depuis le mercredi 9 septembre 2026, je participe, avec plusieurs autres candidats, à la formation des opérateurs cartographes dans le cadre du Deuxième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH2) en République démocratique du Congo.
Cette formation, organisée sur quatre jours, du 9 au 12 septembre 2026, vise à préparer les futurs opérateurs aux travaux de cartographie censitaire qui constituent une étape déterminante dans la préparation du recensement.
La mobilisation est importante : à Kinshasa, près de 1 900 candidats sont concernés par cette phase de formation, répartis dans plusieurs salles.
L'objectif est clair : disposer d'opérateurs capables de produire une information cartographique suffisamment fiable pour accompagner les opérations statistiques qui suivront.
2 La cartographie censitaire : bien plus que dessiner une carte
La première leçon importante est que la cartographie censitaire ne consiste pas simplement à dessiner des cartes.
Elle consiste à observer, identifier, localiser, décrire, enregistrer et organiser l’espace afin de préparer le futur dénombrement de la population.
Les travaux cartographiques permettent notamment de :
- localiser les quartiers, villages et unités d’habitation ;
- identifier les routes et voies d’accès ;
- identifier et localiser les infrastructures ;
- délimiter les zones de travail ;
- préparer les futures aires de dénombrement ;
- réduire les risques d’omission ;
- éviter les doubles enregistrements ;
- produire une information géographique exploitable.
Autrement dit, avant de compter la population, il faut savoir où elle se trouve et comment organiser l’espace dans lequel elle vit.
3 Les concepts : comprendre avant d’enregistrer
Une opération statistique de cette dimension exige une compréhension commune des concepts utilisés sur le terrain.
La formation porte notamment sur les différentes questions relatives aux ménages, aux logements, aux bâtiments et aux infrastructures.
Les ménages
Les informations relatives aux ménages constituent une composante essentielle de la cartographie. Elles permettent de localiser et de caractériser les unités d’habitation qui seront concernées par le futur dénombrement.
Les infrastructures
Les infrastructures permettent de mieux comprendre l’environnement physique et fonctionnel dans lequel vivent les populations : bâtiments, équipements et autres éléments structurants du territoire.
Ces deux grandes catégories d'informations constituent ainsi des éléments importants des enregistrements cartographiques.
4 Du papier à la tablette : la transformation numérique
L’un des aspects les plus intéressants de cette expérience est la place accordée à la numérisation et à la digitalisation des opérations cartographiques.
Le cartographe moderne n'est plus uniquement un professionnel travaillant avec une carte imprimée et un carnet. Il devient également un opérateur de données géospatiales.
La tablette numérique devient ainsi un véritable outil de travail permettant de saisir, consulter, organiser et transmettre les informations recueillies sur le terrain.
☁️ La chaîne numérique de la donnée
L'approche numérique permet de concevoir la collecte comme une véritable chaîne de production de données :
Tablette
Transmission
Hébergement
données
Analyse
5 Le Cloud : vers une donnée centralisée
La digitalisation prend tout son sens avec l'utilisation d'une plateforme Cloud destinée à l'hébergement et à la centralisation des données.
Le principe est particulièrement important pour une opération de grande ampleur comme le RGPH2 : les informations collectées par les opérateurs peuvent être transmises vers une infrastructure centralisée afin d'être stockées, contrôlées et exploitées.
💡 Une idée essentielle
La digitalisation ne consiste pas simplement à remplacer le papier par une tablette.
Elle consiste à transformer l'ensemble de la chaîne de production, de transmission, de stockage, de contrôle, de sécurisation et d'exploitation de la donnée.
6 Une compétence technique, mais aussi une attitude
La formation ne porte donc pas uniquement sur l'utilisation des outils numériques.
Elle développe également une véritable attitude professionnelle face à la cartographie.
- rigueur dans l'observation ;
- respect des procédures ;
- sens du détail ;
- méthode et organisation ;
- capacité à communiquer avec les populations ;
- respect de la confidentialité des données ;
- adaptation aux réalités du terrain ;
- responsabilité dans la collecte et la transmission des données.
7 Le cartographe moderne : à la croisée de plusieurs disciplines
Cette expérience montre également l'évolution du métier de cartographe.
Le cartographe contemporain se situe à l'intersection de plusieurs domaines :
🗺️ Cartographie & SIG
Comprendre l'espace, les coordonnées, les limites, les unités géographiques et la représentation du territoire.
💻 Informatique & données
Utiliser les outils numériques, les applications mobiles, les plateformes de données et les systèmes d'information.
📱 Collecte mobile
Transformer l'observation de terrain en données numériques structurées et exploitables.
📊 Statistiques
Comprendre les concepts statistiques nécessaires à la production d'une donnée fiable et cohérente.
8 Pourquoi la cartographie est-elle stratégique pour la RDC ?
La République démocratique du Congo est un pays immense, caractérisé par une grande diversité géographique, démographique et socio-économique.
Disposer d'une cartographie censitaire fiable est donc essentiel pour mieux organiser les opérations statistiques et, plus largement, pour améliorer la planification du développement.
Les données produites peuvent contribuer à éclairer les décisions concernant notamment :
- les établissements scolaires ;
- les centres et infrastructures de santé ;
- les routes et voies d'accès ;
- les équipements et infrastructures publiques ;
- l'aménagement du territoire ;
- les politiques publiques ;
- les programmes de développement ;
- les interventions humanitaires.
9 Une expérience professionnelle particulièrement enrichissante
Participer à cette formation représente pour moi une occasion de mettre en synergie plusieurs domaines qui font partie de mon parcours professionnel : informatique, systèmes d'information, digitalisation, gestion des données et transformation numérique.
Mais c'est également une occasion de découvrir une autre dimension du travail de terrain : celle qui consiste à transformer une réalité physique — une maison, un ménage, une infrastructure, une route, un quartier — en une donnée structurée, géolocalisée et exploitable.
C'est précisément à cet endroit que la cartographie rencontre l'informatique.
10 Quatre jours pour préparer une opération nationale
Début de la formation et introduction aux principes, concepts et objectifs de la cartographie censitaire.
Approfondissement des concepts liés aux ménages, aux infrastructures et aux opérations cartographiques.
Approche numérique, utilisation des tablettes, collecte et gestion des données.
Consolidation des acquis et préparation à la mise en pratique des compétences sur le terrain.
De la carte à la décision
Le RGPH2 est bien plus qu'une opération de comptage de la population. C'est également une formidable opération de production de données territoriales.
La cartographie censitaire constitue l'une des premières briques de cette architecture. Elle permet de mieux connaître l'espace, de structurer les zones de travail et de préparer la collecte future des données démographiques.
L'intégration des tablettes, des applications numériques, des plateformes Cloud et des systèmes de gestion des données montre surtout que la RDC s'engage progressivement dans une nouvelle manière de produire et d'exploiter l'information.
La véritable transformation digitale commence lorsque la technologie permet de produire une donnée plus fiable, plus accessible et plus utile à la décision.
Consultant en Digitalisation & Systèmes d'Information

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