Quand l’argent devient une valeur : la crise silencieuse de la société congolaise
Quand l'argent devient une valeur
Il existe des crises que les statistiques ne suffisent pas à mesurer. Une société peut connaître une crise économique, une crise politique, une crise institutionnelle ou une crise éducative. Mais elle peut également connaître une crise beaucoup plus silencieuse : une crise de valeurs.
En République démocratique du Congo, l'argent occupe progressivement une place qui dépasse sa fonction économique. Il n'est plus seulement un moyen d'échange, de rémunération ou d'investissement. Il devient parfois une mesure du prestige, de la réussite, de l'intelligence et même de la valeur sociale d'une personne.
« Le problème n'est pas l'argent. Le problème commence lorsque le moyen devient la finalité. »
L'argent n'est pas le problème
Il faut commencer par une précision essentielle : l'argent n'est pas mauvais.
Une société moderne a besoin d'argent. Il permet de travailler, d'échanger, d'investir, de se nourrir, de se loger, de se soigner, d'étudier et de développer des entreprises.
Le problème apparaît lorsque nous faisons de l'argent la mesure suprême de la réussite humaine.
L'argent devrait être un instrument permettant à l'homme de satisfaire ses besoins et de réaliser ses projets. Il ne devrait jamais devenir l'instrument permettant de déterminer la dignité d'un être humain.
Lorsque l'argent devient l'échelle fondamentale des valeurs
Lorsqu'une société commence à mesurer presque tout à travers l'argent, les comportements changent.
L'enfant observe ces comportements. Le jeune les intériorise. Puis l'adulte les reproduit.
C'est ainsi qu'une culture peut progressivement transmettre une équation dangereuse :
« Réussir = avoir de l'argent. »
« Avoir de l'argent = être important. »
« Être important = avoir plus que les autres. »
Le problème commence dans l'enfance
C'est ici que l'éducation devient fondamentale.
Nous parlons souvent de réforme éducative en termes de programmes, d'infrastructures, de numérique, de manuels scolaires ou de formation des enseignants.
Mais une véritable réforme devrait poser une question plus profonde :
Quelle conception de l'être humain voulons-nous transmettre à nos enfants ?
Voulons-nous former uniquement des individus capables de gagner leur vie ou des citoyens capables de donner un sens à leur travail, à leurs compétences et à leur contribution à la société ?
L'école primaire : le premier laboratoire des valeurs
Si nous voulons transformer durablement le rapport de la société congolaise à l'argent, le changement doit commencer tôt.
L'école primaire est l'un des meilleurs endroits pour commencer cette transformation.
À cet âge, l'enfant peut encore apprendre naturellement que partager est une valeur, que travailler est une dignité, que respecter est une force, que créer est une richesse et que servir la communauté constitue une responsabilité.
Apprendre la différence entre prix et valeur
Une leçon fondamentale pourrait être introduite dès l'école primaire :
Un livre possède un prix, mais le savoir qu'il transmet peut avoir une valeur immense.
Un enseignant reçoit un salaire, mais l'impact de son enseignement peut traverser plusieurs générations.
Une invention peut coûter cher, mais la solution qu'elle apporte à une communauté peut avoir une valeur bien supérieure à son prix.
Passer de l'éducation financière à l'éducation à la valeur
Il ne faut pas apprendre aux enfants à mépriser l'argent. Il faut leur apprendre à le comprendre.
L'éducation financière devrait leur apprendre à gagner honnêtement, épargner, investir, entreprendre et gérer leurs ressources.
Mais elle devrait être accompagnée d'une autre dimension : l'éducation à la création de valeur.
L'enfant devrait apprendre à identifier un problème et à chercher une solution.
Une classe peut, par exemple, identifier un problème de propreté dans son école, réfléchir à une solution, calculer les coûts, construire un dispositif simple et mesurer son impact.
L'enfant apprend alors simultanément les mathématiques, la gestion, l'environnement, le travail en équipe, l'initiative et la citoyenneté.
« Je ne suis pas seulement un consommateur de la société. Je peux en devenir un constructeur. »
Changer les questions que nous posons aux enfants
Nous demandons souvent : « Que veux-tu devenir quand tu seras grand ? »
Nous devrions également demander :
Quel problème aimerais-tu résoudre ?
Quelle valeur aimerais-tu créer ?
Comment pourrais-tu être utile aux autres ?
Quel changement aimerais-tu apporter à ton pays ?
La corruption et la mauvaise définition de la réussite
La corruption n'est pas seulement un problème juridique ou institutionnel. Elle peut également être liée à la manière dont une société définit la réussite.
Si un enfant grandit avec l'idée que celui qui possède beaucoup d'argent est automatiquement celui qui a réussi, indépendamment de la manière dont cet argent a été obtenu, il devient difficile de construire plus tard une culture solide de l'intégrité.
L'éducation doit donc transmettre un principe simple :
« La richesse obtenue honnêtement peut être une réussite. La richesse obtenue par la destruction du bien commun ne peut pas constituer un modèle de réussite. »
Réinventer la définition de la richesse
La richesse d'une nation ne se trouve pas uniquement dans ses ressources naturelles ou dans ses comptes bancaires.
Elle se trouve également dans ses enseignants, ses médecins, ses ingénieurs, ses chercheurs, ses agriculteurs, ses entrepreneurs, ses artistes, ses techniciens, ses informaticiens et dans tous ceux qui sont capables de résoudre les problèmes de la société.
La véritable question ne devrait donc pas seulement être : « Combien d'argent avons-nous ? »
Mais aussi : « Combien de problèmes sommes-nous capables de résoudre ? »
Une nouvelle philosophie de l'école
Une école congolaise véritablement transformatrice devrait poursuivre au moins quatre objectifs :
Le véritable enjeu : quel Congolais voulons-nous former ?
Voulons-nous former uniquement des diplômés ?
Ou voulons-nous former des citoyens ?
Voulons-nous produire uniquement des demandeurs d'emploi ?
Ou voulons-nous également former des créateurs de solutions, des entrepreneurs, des chercheurs et des innovateurs ?
Cette distinction est fondamentale.
Une nation ne se construit pas uniquement avec des bâtiments. Elle se construit avec des mentalités.
Réinventer le rêve congolais
Nous devons peut-être changer notre définition collective de la réussite.
Réussir ne devrait pas uniquement signifier posséder beaucoup d'argent.
Réussir pourrait signifier : développer son potentiel, créer de la valeur, respecter sa dignité, contribuer à la société et laisser derrière soi quelque chose qui continue à servir les autres.
L'argent peut accompagner cette réussite. Il peut même être une conséquence légitime du travail et de l'innovation.
Mais il ne devrait jamais être sa définition unique.
Conclusion : remettre l'argent à sa juste place
La RDC n'a pas besoin d'une génération qui méprise l'argent. Elle a besoin d'une génération qui comprend l'argent.
Une génération capable de le gagner honnêtement, de le gérer, de l'investir et de créer de la richesse, mais qui refuse d'en faire la mesure absolue de l'homme.
L'argent a un prix.
Le travail a une dignité.
La connaissance a une valeur.
L'intégrité a une force.
La solidarité a une puissance.
Et la personne humaine possède une dignité qui ne se mesure pas en monnaie.
Le véritable enjeu de l'éducation congolaise n'est donc pas seulement de produire des enfants capables de gagner leur vie. Il est de produire des citoyens capables de donner un sens à leur vie et à leur contribution à la société.
« L'argent doit être un moyen au service de l'homme, et non l'homme un moyen au service de l'argent. »
La véritable réforme commencera peut-être le jour où nous cesserons de demander uniquement à l'école :
« Que va rapporter cet enfant ? »
Et où nous commencerons à lui demander :
« Que va-t-il apporter à son pays ? »
Réflexion sur l'éducation, les valeurs sociales et l'avenir de la société congolaise.
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| source:www.istockphoto.com |

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